Vie de couple et parentalité
Devenus parents, le couple s'efface
Vous parlez du cartable oublié, du rendez-vous chez le dentiste, de qui récupère qui et à quelle heure. Vous êtes efficaces. Vous vous entendez, au fond. Et le soir, une fois la maison calme, chacun finit de son côté, devant un écran, et personne n'a plus grand-chose à se dire.
Vous formez une bonne équipe. Vous ne formez plus vraiment un couple.
C'est l'une des situations les plus fréquentes en thérapie de couple, et l'une de celles dont on parle le moins ; parce qu'il n'y a rien de dramatique à raconter. Pas de trahison, pas de crise, pas de rupture. Juste quelque chose qui s'est éteint sans bruit.

Ce qui s'est installé, sans que personne ne l'ait décidé
L'arrivée d'un enfant réorganise tout : le temps, le sommeil, le corps, l'argent, les priorités. Le quotidien se remplit d'urgences réelles, et ce qui n'est pas urgent est reporté. Le couple n'est jamais urgent.
On se dit qu'on se rattrapera le week-end, puis aux vacances, puis quand ils seront plus grands. Et le report finit par devenir l'état normal de la relation.
Ce basculement n'arrive pas seulement à la naissance. Il peut s'installer à l'entrée à l'école, à l'adolescence, ou quand un enfant traverse une période qui demande beaucoup. À chaque fois, la même mécanique : le couple parental fonctionne, donc il prend toute la place, et le couple conjugal attend.
Il faut le dire clairement : cela n'est le signe ni d'un manque d'amour, ni d'un échec. C'est ce qui arrive quand deux personnes mettent toute l'énergie dont elles disposent au bon endroit : sur leurs enfants.
Trois signes que le couple est passé au second plan
On ne se parle plus que d'organisation
Les conversations tournent autour du planning, des devoirs, des courses, des rendez-vous. Ce sont de vraies conversations, elles sont utiles, elles servent à faire tourner une maison. Mais on ne s'y raconte rien. On ne sait plus ce que l'autre a vécu dans sa journée, ce qui l'inquiète en ce moment, ce dont il a envie.
C'est souvent le premier signe, et le plus facile à ne pas voir : tant que la machine tourne, on a l'impression que ça va.
Les mêmes disputes reviennent, à l'identique
La répartition des tâches. L'éducation et les limites à poser. Les écrans. La belle-famille. Toujours les mêmes sujets, toujours le même déroulé, toujours la même fin et aucun des deux ne comprend pourquoi ça recommence.
À ce stade, ce n'est plus le sujet qui compte : c'est la boucle. Vous vous plaignez, il se ferme ; il se ferme, vous insistez ; vous insistez, il se ferme un peu plus. Chacun est persuadé de réagir à l'autre, et chacun a raison. Personne n'a commencé, et pourtant ça tourne tout seul.
« Je me sens seul(e) » : la solitude à deux
Moins de gestes, moins de désir, moins d'envie de raconter sa journée. On vit côte à côte, avec de l'attention et du respect, un peu comme deux colocataires très bien organisés.
Et puis vient cette phrase, que beaucoup n'osent dire à personne : je me sens seul(e). Seul(e) alors que la maison est pleine. Seul(e) alors qu'on dort chaque nuit à côté de quelqu'un.
C'est une solitude particulière, souvent plus lourde à porter que celle de vivre réellement seule, parce qu'elle s'accompagne d'une forme de honte : de quoi se plaindrait-on, puisqu'on n'est pas seul(e) ?
Elle se dit de plusieurs façons. Le sentiment d'être délaissé(e). Celui de ne pas être comprise, de parler dans le vide. Celui de ne plus vraiment compter pour l'autre. Et souvent, une question qui tourne en boucle sans jamais être posée à voix haute : est-ce qu'il/elle \u00a0m'aime encore ?
Se sentir délaissé(e) et ne plus être aimé(e) ne sont pas la même chose
C'est sans doute le malentendu le plus fréquent, et le plus coûteux.
Quand l'un des deux se met en retrait, par fatigue, par évitement du conflit, ou simplement parce qu'il ne sait pas quoi faire de la tristesse de l'autre ; ce retrait se lit comme de l'indifférence. Et plus il se lit comme de l'indifférence, plus on cherche des preuves d'amour. Plus on en cherche, plus l'autre se sent mis en défaut, et plus il se retire. La solitude à deux est presque toujours fabriquée par cet enchaînement, rarement par la fin des sentiments.
Cela ne veut pas dire que votre ressenti est faux : vous êtes réellement seul(e) dans cette relation aujourd'hui, et ce n'est pas à minimiser. Ce qui est souvent inexact, c'est la conclusion qu'on en tire ; et cette conclusion-là, quand elle s'installe, finit par produire ce qu'elle redoutait.
Pourquoi ce n'est la faute de personne
Dans ces situations, chacun a le sentiment de faire plus que l'autre, et chacun a le sentiment que l'autre ne le voit pas. Les deux sont généralement vrais.
La charge mentale se répartit rarement de façon équitable, la fatigue abîme la patience, et notre époque valorise beaucoup le fait d'être de bons parents assez peu celui de rester un couple. Se consacrer à ses enfants n'est jamais reproché à personne. C'est précisément ce qui permet à la situation de durer si longtemps.
Chercher qui a laissé tomber l'autre ne mène nulle part. Ce qui fait bouger les choses, c'est de regarder ce que vous avez installé ensemble, sans le vouloir, et de reprendre la main dessus.

Ce qui aide concrètement
- Séparer les deux casquettes. Réservez un temps, même court, où l'on ne parle pas des enfants. Vingt minutes valent mieux qu'un week-end en amoureux qui n'arrive jamais. C'est la régularité qui compte, pas la durée.
- Arrêter d'attendre le bon moment. Beaucoup de couples misent tout sur les vacances ou sur le départ des enfants. Ce sont les micro-moments du quotidien qui réinstallent une relation, pas les grandes occasions.
- Sortir l'organisation du terrain du reproche. Ce qui n'est pas dit doit être deviné, et ce qui doit être deviné finit toujours en dispute. Dire ce dont on a besoin est moins agressif que reprocher ce qui n'a pas été fait.
- Changer un élément de la boucle plutôt que de convaincre l'autre. Vous n'avez pas la main sur ses réactions. Vous avez la main sur les vôtres — et comme une boucle a besoin de deux participants, en modifier un suffit souvent à la faire bouger.
- Reparler des sujets sensibles à froid, jamais pendant la dispute.
- Ne pas attendre que les enfants soient grands. « On verra quand ils seront partis » est l'une des phrases que j'entends le plus souvent. Elle est presque toujours prononcée trop tard.
Quand consulter
Il est utile de se faire accompagner quand :
- les mêmes disputes reviennent malgré la bonne volonté des deux ;
- vous ne parlez plus que de logistique depuis des mois ;
- vous vous sentez seule dans votre relation, et vous n'arrivez pas à le faire entendre ;
- l'un des deux souffre de la distance et l'autre ne s'en aperçoit pas ;
- vos enfants commencent à percevoir la tension ;
- vous vous demandez s'il reste quelque chose, et vous n'osez pas poser la question.
Ce que permet une thérapie de couple, ce n'est pas de désigner un responsable. C'est de rendre visible le fonctionnement dans lequel vous êtes pris, et de le modifier, ce qui est beaucoup plus facile que de changer quelqu'un.
En pratique, au Cabinet des Liens
J'accompagne les couples au Cabinet des Liens, à Marseille (9e), au cabinet ou en visio. La première séance sert à poser la situation et à décider ensemble de la suite : elle ne vous engage à rien. Et si votre conjoint n'est pas prêt à venir, il est tout à fait possible de commencer seul(e).
Séance de couple : 70 € au cabinet, 65 € en visio. Les tarifs détaillés des séances sont présentés dans la rubrique Tarifs.
Vous pouvez me contacter par mail (cabinetdesliens@gmail.com) ou par téléphone pour en parler avant de prendre rendez-vous. Une question posée ne vous engage à rien.
Prendre rendez-vous
La première séance sert à poser la situation et à décider ensemble de la suite. Si votre conjoint n'est pas prêt à venir, il est tout à fait possible de commencer seul(e).
Questions fréquentes
Faut-il venir à deux ?
C'est préférable, mais ce n'est pas indispensable pour commencer. Un travail entamé par un seul des deux partenaires modifie déjà la relation, et il arrive souvent que l'autre rejoigne ensuite.
Peut-on consulter alors qu'on s'entend plutôt bien ?
Oui. La thérapie de couple n'est pas réservée aux situations de crise. Consulter avant que les choses ne s'abîment demande généralement moins de temps.
Nos enfants doivent-ils venir aux séances ?
Non. Il s'agit ici d'un travail sur la relation de couple. C'est différent d'une thérapie familiale, qui réunit les membres de la famille autour de ce qui se joue entre eux.
Je me sens seule dans mon couple : est-ce qu'il ne m'aime plus ?
Ce n'est pas la conclusion la plus probable. Dans la plupart des situations, il s'agit d'un retrait , fatigue, maladresse, peur du conflit qui se lit de l'extérieur comme de l'indifférence. Cela n'enlève rien à ce que vous ressentez, mais cela change complètement ce qu'il y a à faire.
Est-ce normal de ne plus se sentir en couple depuis l'arrivée des enfants ?
C'est extrêmement fréquent, et ce n'est pas le signe que la relation est finie. Ce qui n'a rien d'inévitable, en revanche, c'est que cela s'installe durablement.

